par André Inizan
Les passages de Franck Ramus retenus pour la discussion sont en italique.
Cet article présente une brève revue des
principaux résultats de la recherche sur la dyslexie qui démontrent de manière
convaincante son origine génétique et neurologique…
Lecture faite de votre article je ne suis nullement convaincu de l'origine génétique et neurologique de la "dyslexie". En revanche, je suis plus convaincu que jamais de son inexistence: vos répétitions d'affirmations ne génèrent pas plus de vérité que l'ensemble des recherches que vous dites scientifiques.
Inlassable, je ferai mon commentaire, "pas à pas" comme j'en ai pris l'habitude depuis le rapport Ringard.
Ce pourcentage, qui aujourd'hui fait consensus chez les propagandistes de la "dyslexie" s'est réduit de moitié depuis ma contestation des écrits de Debray-Ritzen (Inizan 72 et 73). A qui ou à quoi doit-on cette réduction consensuelle? A un avatar de l’épidémie ou aux critiques parmi lesquelles j'ai l'honneur de compter les miennes?
De même que dans une voiture...
Un scientifique se méfie des images qui séduisent la raison
Un scientifique sait que ce qui est évident mérite d'être démontré plutôt deux fois qu'une.
…après avoir pris en compte les causes
organiques et environnementales…il y a encore 5% des enfants qui ont des
difficultés à apprendre à lire, malgré donc[!] une intelligence et une
perception normales et un environnement relativement favorable.
Sans avoir jamais rencontré un enfant dyslexique, j'ai beaucoup travaillé la question. Plein de bonne volonté, j'ai même recherché (vainement) chez les "cinq ans" les germes de la "maladie dyslexique" (voir les pages 130-145 de la forme éditée de ma thèse de doctorat d'Etat, Inizan 76 ). Sur près de 300 élèves suivis durant plus de deux ans, en GS, en 17 CP et après, les quatorze enfants "qui avaient tout pour réussir", un niveau intellectuel supérieur à la normale et des ressources cognitives pour apprendre à lire très élevées notamment en matière de discrimination phonologique, ont échoué au CP et sont bientôt passés pour "dyslexiques". Or, Ils ne présentaient aucun déficit commun au départ, mais ils avaient tous été élèves de certains CP au Temps féconds et aux rendements indigents. En revanche, treize élèves qui n'avaient rien pour réussir ont toutefois atteint le "seuil du savoir lire" en fin de CP. Ils avaient tous fréquenté les autres CP de mon échantillon aux Temps féconds et aux rendements élevés.
…ce sont ces enfants que, en attendant une
définition plus précise, on appelle dyslexiques…Aucune personne...ne peut
douter de l'origine biologique de la dyslexie…un consensus parmi les chercheurs
du monde entier
Voilà cinquante ans que, après avoir beaucoup lu et récemment Michel Habib "dyslexie: le cerveau singulier", Solal 1997, j'attends toujours votre définition plus précise. Je l'attends, enfin fondée sur un signe pathologique présent chez tous vos dyslexiques et rien que chez eux.
En
attendant, pas plus que la répétition d'affirmations, la majorité d'opinions ne
me touche pas. Vos chercheurs du monde entier et vous-même feraient bien
d'utiliser les guillemets sous peine de sombrer dans le ridicule des
commentateurs d'autrefois de la dent d'or de l'enfant de Bohème.
Suggérer… que les scientifiques ne sont
d'accord sur aucun de ces points fondamentaux est une grotesque déformation de
la réalité
Grotesque ou pas, j'ai la prétention de me considérer scientifique quand je travaille sur la lecture. Une autre recherche scientifique d'envergure que j'ai conduite (financée par l'Union Nationale France Dyslexie) n'est pas davantage évoquée par vous et vos confrères. Elle était fondée sur l'application de ma batterie ANALEC à cent enfants "dyslexiques" de 8 à 13 ans, pour la plupart élèves d'une école spéciale renommée pour dyslexiques (Inizan 91). ANALEC n'a nullement confirmé un quelconque substrat organique qui aurait fait chez tous obstacle à l'apprentissage de la lecture, responsable notamment des mythiques inversions connues de quiconque. En revanche, elle a détecté chez la plupart de ces enfants des ressources quasi normales pour des activités d'analyse et de synthèse inemployées et des séquelles d'actions pédagogiques indigentes.
…controverses stériles opposant les tenants
de l'origine biologique de la dyslexie et les tenants de l'origine sociale des
difficultés de lecture.
Quels tenants entretiennent ces controverses? Signe
de votre vision lacunaire chronique des réalités, vous allez jusqu'à escamoter
présentement l'origine pédagogique de ces difficultés, principale à mes yeux
sinon unique.
Pourquoi ce lien entre dyslexie et milieu
social? Précisément parce que la dyslexie est héréditaire.
Cette déduction cavalière caractérise votre façon
d'écrire la science. Que faites-vous de l'influence du mépris de ces parents
pour l'écrit qui les a tant fait souffrir et leur promptitude à expliquer de
façon affectueuse la moindre difficulté manifestée par leur enfant: "t'es
comme moi".
Vous êtes-vous
préoccupé de connaître le vécu scolaire de ces parents quand ils avaient
six ans?
La gravité des symptômes varie
largement en fonction de la difficulté orthographique de la langue.
Illusion chronique que vous colportez sans soucis.
J'ai personnellement constaté sur place, invité par des organismes spécialisés,
que l'approche de la "dyslexie" présente sensiblement la même gravité
à Belgrade, à Madrid et à Paris. Or, le serbo-croate et l'espagnol bénéficient
d'une grande régularité dans leurs relations phonème(s)-graphème(s). Toutefois,
la différence entre ces langues et la nôtre n'implique que le nombre de ces
relations, plus important en anglais
qu'en français comme vous le remarquez, beaucoup moins en espagnol et encore
moins en serbo-croate. Mais il ne s'agit que d'une différence quantitative.
L'acquisition d'une seule relation phonème-graphème (la saisie de ce qui dans
deux mots s'entend et se voit "pareil") ne va pas de soi:: elle
implique la maîtrise de la notion de conservation (O Piaget) qui, comme vous
savez, n'est pas acquise chez la plupart des enfants de six ans et fait que
l'acquisition de ces relations exige une préparation et un suivi didactique
appropriés.
Mais j'oubliais votre allergie pour la pédagogie.
S'ils ont du mal à se représenter les
phonèmes et à les relier aux lettres…
Relier les
phonèmes aux lettres: voilà l'inversion
mondiale d'inspiration anglo-saxonne que vous colportez évidemment. Compte tenu
de la primauté de l'oral, je dirais plutôt: "les lettres à relier aux
phonèmes". Mais vous ne me surprenez pas: je n'arrive pas à faire
comprendre à vos savants confrères l'importance du sens de cette relation
fondamentale: en fait, comme Martine Poncelet, vous évoquez là une conduite de
lecture, de lecteur, vous escamotez rien moins que l’apprentissage.
Un jour viendra où on reconnaîtra le bien fondé de ma
définition de ce qu'est apprendre à lire: pour l'enfant qui sait parler,
apprendre à lire c'est acquérir les modalités de transcription de sa langue:
les relations phonème(s)-graphème(s).
… on peut par exemple introduire le concept
différemment à l'aide de gestes ou de couleurs.
Vous êtes touchant quand vous vous aventurez sur le
terrain de la pédagogie. Vous évoquez, avec les gestes, les techniques de
Borel-Maisonny et, avec les couleurs, celles de Gategno. Et alors?
On peut aussi contourner entièrement les
phonèmes en apprenant à l'enfant à reconnaître les syllabes (ou les morphèmes)
qui sont beaucoup plus accessibles aux dyslexiques.
Téméraire, vous persistez. Vos syllabes…beaucoup
plus accessibles, sont évidemment orales, comme
les phonèmes? Passons.
De toute façon, la saisie des syllabes même écrites
n'est que transitoire: les éléments à acquérir, indispensables à la maîtrise de
la lecture et plus encore de l'écriture et de l'orthographe, sont les relations
élémentaires phonème(s)-graphème(s) constitutives de la combinatoire.
L'obésité peut résulter d'habitudes
alimentaires..
Encore une image qui risque de séduire la raison et
qui n’a rien à voir avec nos problèmes.
…un dyslexique qui au contraire peut avoir
des capacités cognitives relativement supérieures
Dans mon étude déjà évoquée (Inizan 76), les 14
enfants supérieurement intelligents et particulièrement bien équipés
cognitivement pour apprendre à lire ne savaient pas lire en fin de CP pour des
raisons que je démontre exclusivement pédagogiques. Mon récent ajout à mon
site: de l'"alpéclé" au "Temps fécond" histoire d'un
concept éthologique le rappelle. Il y avait et il y a toujours au CP des
pratiques scolaires qui empêchent les enfants intelligents d'apprendre à lire.
Tant que vous ferez l'impasse du facteur pédagogique,
source cachée à vos yeux de l'échec scolaire, vos raisonnements explicatifs
seront victimes d'un artéfact volontaire et donc coupables.
…un enfant… pourra avoir une faible
performance dans les tâches phonologiques si par exemple on ne lui a pas bien
appris à lire (Morais 1986).
En toute rigueur enseigner, c'est en l'occurrence
aider l'apprenti lecteur, mais c'est lui qui apprend. Passons.
Je discute ici même cette affirmation de Morais dans
"L'increvable mythe de la dyslexie". Qu'apprendre à lire développe en
retour la conscience phonologique, mais la belle affaire que voilà! Ce qui est
utile et chronologiquement fondé, c'est l'apport inverse, celui de la maîtrise
de l'écoute de la parole, de la conscience phonologique si vous voulez, sur
l'apprentissage proprement dit de l'écrit. Pour découvrir la transcription des
phonèmes qu'il est bon de les distinguer tout d'abord!
Je me réjouis que Morais ne conteste plus la valeur
prédictive de l'épreuve de discrimination phonologique de ma BP, la plus
prédictive comme le confirme l'IREDU à l'occasion de la révision de mes
batteries ( Inizan 2000) et même sa valeur de prérequis. Un jour viendra où on
reconnaîtra la fécondité, dans le développement des ressources cognitives pour
apprendre à lire, de la série des 72 exercices progressifs de discrimination
phonologique, partie de nos "activités préalables" déjà publiées en
1979 par Armand Colin (Inizan 79).
On trouve que les dyslexiques ont toujours
une performance phonologique inférieure aux enfants contrôles, ce qui achève de
démontrer...que leur déficit phonologique est bien réel et spécifique à la
phonologie, contrairement aux autres mauvais lecteurs.
Surtout si on les a recrutés à partir d'épreuves phonologiques.
Ils [ les dyslexiques ] ont une mauvaise
mémoire à court terme verbale.
Michel Lobrot affirmait déjà cela, sans preuve
décisive faute de définition valide de la "dyslexie". Quarante ans
après vous en êtes toujours au même point.
Les dyslexiques purs existent bel et bien…
En justificatif de cette affirmation péremptoire de
pureté (!) vous citez des travaux personnels. Pourquoi ne pas rappeler à
l'intention de vos lecteurs qui ne les connaissent pas encore l'essentiel de
leur apport, expérimental j'espère. J'aimerais tant lire un compte rendu de vos
travaux scientifiques personnels.
Bien évidemment, les dyslexiques purs se
rencontrent plus fréquemment dans la recherche scientifique qui applique des
critères stricts pour la définition de la dyslexie)…
La définition "purificatrice" tant attendue
serait-elle arrivée? Pour ce que j'en connais, son critère scolaire est
satisfait pour peu que l'enfant fréquente régulièrement l'école. Redisons
l'étonnante diversité de la rentabilité des CP que rappelle mon article diffusé
dans mon site, " Le Temps Fécond, histoire d'un concept éthologique"
et paru dans la Nouvelle Revue de l'AIS (CNEFEI Suresnes). Cette diversité
condamne l'aveuglement volontaire du chercheur qui se contente de s'assurer de
la fréquentation scolaire.
Nier l'existence de la dyslexie… frôle
l'obscurantisme
Et négliger l'étonnante variation dans la qualité de
l'apport scolaire dans l'apprentissage de la lecture, c'est se complaire dans
l'obscurantisme.
…le mot dyslexique…un terme péjoratif qui
ferait plus de mal que de bien à l'enfant
Je le crains: pauvres parents déçus des résultats
scolaires de leur enfant qui préfèrent lui affirmer qu'il est infirme plutôt
que de réclamer du Ministère de l'Education Nationale une promotion du
rendement de l'enseignement au niveau des apprentissages scolaires
fondamentaux.
Mais qui leur a inspiré l'escamotage de la pédagogie?
Lorsque le diagnostic de dyslexie est
officiellement établi, l'enfant peut bénéficier…de l'admission dans une école
spécialisée.
Alors que vous reconnaissez que ce diagnostic est
établi sans définition précise…rappelons l'exploitation de l'ANALEC appliquée à
une centaine de ces bénéficiaires. Je
vous accompagnerais volontiers dans une telle école spécialisée de votre choix pour observer quelques enfants à leur
table de travail et analyser avec vous le "bénéfice" qu'ils en
tirent.
…Einstein…
Le colportage ne crée pas la vérité.
Le mot dyslexique n'est pas utilisé
péjorativement
Il est vrai que j'ai souvent entendu des adultes se
parer avec fierté de leur soit-disant infirmité. Ainsi ils ne sont pas
responsables de leurs lenteurs, de leurs erreurs, voire de leurs fautes.
Répétons-le encore une fois, la dyslexie
n'est pas un problème pédagogique.
Vous répétez encore ce que je démentais déjà au
Colloque du Crésas de 1970: "la pédagogie minimisée" La dyslexie en question (Inizan 72). Croyez-vous que votre affirmation
véhémente et répétitive suffise à démentir mes démonstrations du contraire? Vos
répétitions ne tentent-t-elles pas de masquer votre incompétence en la matière
et celle de vos confrères chercheurs? Pour vous tous c'est la pédagogie qui
n'existe pas.
Les milieux enseignants…ont peur de la
science et de la médecine…[ Pourtant ] Il n'y a pas lieu de redouter une
"médicalisation" de la dyslexie.
En effet, il n'y a pas lieu de redouter une
médicalisation de la "dyslexie" : il
ne s'agit nullement d'un phénomène nouveau, voire à venir: il y a plus de cent
ans que la "dyslexie" est médicale.
Docteur d'Etat, professeur émérite des universités, à
l'issue de 45 ans d'enseignement, je ne rencontre aucune critique de
l'enseignement aussi sévère que la mienne. Ce n'est pas pour autant que
j'attends le salut des écoliers de la Santé et de votre science.
Imaginons…[ qu' ] une nouvelle molécule...
permette aux enfants dyslexiques d'acquérir la lecture.
Croire aux miracles vous va bien, le premier miracle
résidant dans la génération fictive de vos dyslexiques.
_________________
ouvrages
cités
Inizan 72 La
pédagogie minimisée La dyslexie en question Armand Colin, Paris 1972
Inizan 73 La dyslexie serpent de mer Cahiers
de l'enfance inadaptée Sudel Paris
1973
Inizan 76 Révolution dans apprent. de la
lecture.Observ. objective de l'apprenti-lecteur Armand Colin, Paris 1976 forme
éditée de ma thèse de doctorat d'Etat Paris X
Inizan 79 27
phrases pour apprendre à lire, Armand Colin,
Paris 1979
Inizan 89
Révisé et édité par les EAP (95 bd de Sébastopol 75002), sous le
titre:
Apprendre
à lire et s'y préparer à son
heure et à son rythme (2as) Paris 1989
Inizan 98 Analyse du savoir lire de 8ans à
l'age adulte. ANALEC et la dyslexie. EAP,
désormais ECPA 25 rue de la
Plaine 75020 Paris
Inizan 2000 Le
temps d'apprendre à lire EAP, Paris 2000,
désormais ECPA
Inizan 2002-04 Les sources cachées de l'échec
scolaire http://perso.wanadoo.fr/andre.inizan